
Condensé d’émotions
Il n’a jamais cessé de chanter mais, avec ce nouvel album, on peut parler d’un retour à la verve de ses débuts, l’expérience en plus.
Avec Le Youyou des anges qui sera lancé samedi prochain et dont le titre est puisé de la célèbre chanson patriotique de Farid Ali, le chanteur signe une œuvre marquante de son parcours et peut-être même de la chanson moderne algérienne qui, après des élans prometteurs et des phases euphoriques, a connu dans les années 90, où chanter était hasardeux, une période de stérilité ou de banalisation. Djamel Allam retrouve la fraîcheur de ses débuts en y ajoutant une maîtrise artistique et conceptuelle remarquables. C’est l’accomplissement d’un punch intact et d’une sagesse accumulée. En 2001, il sort Gouraya avec Safy Boutella, œuvre passée plutôt inaperçue au moment où la vie culturelle nationale reprenait à peine. Puis, il rencontre le producteur Réda Chikhi avec lequel il édite un coffret de son œuvre intégrale diffusée à travers un réseau d’entreprises mécènes. Une manière efficace de contourner le piratage et, derrière, la volonté de l’artiste de mettre à jour la totalité de sa création : « Je me suis rendu compte que le public ne connaissait vraiment que deux ou trois de mes chansons historiques. » Il est vrai que l’image de l’artiste est restée cramponnée à ses débuts, comme coincée entre l’envol de la nouvelle chanson kabyle, dont il fut l’une des figures de proue, et la montée de genres nouveaux portés par les jeunes générations, le raï mais aussi le rap. De plus, son public initial, celui de la fin des années 70, a vécu, au-delà des préoccupations de l’âge, un destin bien difficile dans les épreuves du pays. Pour Djamel Allam, le succès de son concert en janvier 2004 à la salle Ibn Zeïdoun agit comme un déclic. Il y confirme la fidélité des quadras et quinquagénaires qui l’avaient accompagné au départ. Il découvre surtout un jeune public qui réagit au quart de tour à son répertoire. Certains avaient vu dans l’édition du coffret une sorte d’adieu, l’équivalent des mémoires d’un écrivain, sinon une incapacité à créer encore. Les diverses occupations de Djamel Allam, dans l’audiovisuel surtout, avaient été interprétées comme une reconversion de retraite. D’autres circonstances, ont contribué à cet « effacement ». Des difficultés d’ordre privé mais aussi, précise-t-il, « le fait de m’installer un moment à Alger puis de repartir, puis de faire des allers-retours sans arriver à me fixer. Je suis ici maintenant. Et doucement, les choses ont germé. Une chanson est venue, puis une autre. » Aujourd’hui, cette période et l’édition du coffret surtout, apparaissent comme une introspection, une sorte de bilan pour solder une étape et entamer une nouvelle, un élan avant le saut. Il en était conscient et en souffrait sans doute, bien qu’il ne soit pas homme à se plaindre, blindé par son humour. Aussi, raconte-t-il : « On me demandait toujours si j’avais quelque chose de nouveau. Et je répondais : on réchauffe ! Sous entendu les plats déjà cuits. C’était une boutade, mais c’est vrai que j’avais dans l’esprit de faire un nouvel album. » Ce regain créatif coïncide avec une nouvelle vision du travail : « Je me suis rendu compte que j’avais toujours travaillé seul. Et comme je n’étais pas dans une major, c’était très difficile. L’indépendance se paye. Je n’avais pas l’environnement et la promotion qu’il fallait. Je me suis rendu compte que je devais travailler en synergie. C’est pourquoi mon nouvel album a réuni tant de gens. » Avec Réda Chikhi, il réunit autour de lui d’autres artistes, des paroliers, une chorale, des musiciens et des techniciens chevronnés, son ami le peintre Areski Larbi… La distribution sera assurée par Belda Diffusion. Il enregistre essentiellement au Canada et en France. « Ici, je n’aurais jamais pu atteindre ce niveau de qualité. Et tout ça a couté cher. » D’où le recours à des institutions (Arts & Culture, ONDA, ENTV, ENRS, AARC) et entreprises (Sonelgaz, Aigle Azur, Mobilis, Rizzo) pour des contributions ou aides qui les positionnent sur un mécénat culturel hélas encore rare. Finalement, après avoir « réchauffé », le chef a livré sa carte dont les dix titres s’ouvrent sur un hors-d’œuvre (c’est le mot) de haute teneur, un hommage de sept minutes à Guerrouabi où la vivante tradition du chaabi se marie avec une orchestration moderne émérite. Un morceau d’émotion par lequel Allam honore avec brio la mémoire de celui qui fut son ami autant qu’un modèle. Hafid Djemaï en a écrit les paroles, simples et puissantes, et les premières strophes sont déclamées par Sid-Ahmed Agoumi dans une introduction quasi-épique à la manière des gouals (diseurs). Pour ce même titre, la voix chaude de Khaled est venue en appui à celle de Djamel Allam qui a voulu signifier aussi qu’il s’agissait d’un hommage de la chanson algérienne au maître disparu. Conçue dans l’esprit des veillées chaabi, les empreintes de tristesse de la chanson se déploient au final dans un rythme de fête et de joie. L’ensemble de l’album est d’ailleurs ponctué par des hommages parmi lesquels se distingue aussi celui au poète Djamel Amrani. A l’origine, une idée de Zehira Yahi (Ndlr : actuelle directrice de cabinet du ministère de la Culture). Le jour de l’enterrement du poète, cette amie proche d’Amrani suggère au chanteur de lui consacrer une œuvre, à l’image de celle sur un texte de Khalil Gibran Khalil dans l’album Gouraya. Allam qui a connu Amrani dans les années 70 est touché par la proposition. Anecdote : « Zehira est toujours submergée de travail et je comptais sur elle pour sélectionner le texte. Un jour elle m’a envoyé 13 textes par internet. Un seul est arrivé et c’était Agressé dès ma naissance. Très beau avec toute la souffrance qu’a vécue Djamel. Il y avait peut-être mieux mais celui-ci est déjà si fort ». Emotion toujours avec la reprise de A yemma aazizen our atsrou (Ô mère chérie, ne pleure pas), chanson patriotique de Farid Ali que Allam renouvelle sans altérer le mythe. Emotion encore avec Dassine où la perte d’un être cher prend des accents communs à tous, ou encore avec M’hend, où il revisite le dilemme séculaire du partir ou du rester. Mais Allam est aussi musicien dans l’âme et il le montre avec l’instrumental Taghit et Ghori qui rencontre les polyphonies corses.
NOSTALGIE ASSUMÉE
Djamel Allam est un des rares artistes à s’intéresser de près aux autres disciplines : cinéma, théâtre, peinture, littérature... Il en fréquente les lieux et les gens, donnant un exemple qui demeure assez rare. A cette particularité, s’ajoute une autre : il a embrassé l’ensemble des genres nationaux. Bercé par les mélopées kabyles, élève du maître andalou Cheikh Sadek El Bedjaoui, amoureux de chaabi, fasciné par les musiques sahariennes bien avant leur vogue, rien de ce qui se chante entre Alger et Tamanrasset ne lui est étranger, pas plus d’ailleurs que le jazz, le blues, les musiques du monde et les grands classiques universels. Ces hommages sont donc aussi l’affirmation d’une attitude. Et quand nous le provoquons sur la nostalgie qui l’anime fortement et qui peut inhiber la vision du présent, il répond tout de go : « Oui, j’assume ma nostalgie. Oui, je voudrais bien retrouver Alger de ma jeunesse, Bejaïa d’avant, c’est sûr… Voyez dans quel état nous sommes. Nous, on était chômeurs. On voulait partir en France mais on n’aurait jamais embarqué sur un radeau. Vous me direz qu’ils n’ont rien d’autre mais cela montre combien est immense le désespoir de ces jeunes livrés à la pourriture de ces passeurs. La nostalgie c’est comme les rêves. Si on ne rêvait pas, on deviendrait fou. » Nous tentons de l’acculer en soulignant que le rêve se projette souvent dans le futur tandis que la nostalgie regarde en arrière, il affirme : « D’accord, mais alors la nostalgie est aussi une thérapie et il faut l’exprimer. Elle me permet vraiment de vider ce… truc-là, pour donner aux gens une vision réfléchie. » Pour autant, l’album ne se conjugue pas qu’à l’imparfait. Le présent est notamment traduit dans deux titres : Harraga et Tamurth (Le pays), en hommage à Ali Zammoum. Le premier est un instrumental réalisé avec l’Orchestre de la radio algérienne : « J’avais demandé à Boudjedra de m’écrire les paroles mais il est très pris et il se déplace souvent. J’ai ensuite essayé avec Hafid Djemaï, mais on ne trouvait pas les mots pour dire ce drame terrible. C’est une chose qui nous émeut tellement de voir nos gamins monter sur de frêles esquifs, croyant, en voyant la carte de la Méditerranée, que l’autre rive est à côté. Finalement, c’est devenu un instrumental avec à la fin un cri : Harraga ! Et ça veut dire ce que ça veut dire. D’ailleurs je n’ai aucun mérite sur ce travail qui est vraiment collectif. » Le thème musical en effet est celui d’Ahmed Malek pour le film Omar Gatlato, un hommage encore au grand musicien ainsi qu’un clin d’œil : les harraga d’aujourd’hui descendent des gatlato d’hier, semble dire Djamel Allam, à la manière d’un anthropologue de nos spleens. Dans Tamurth, l’allégorie propre à la chanson kabyle reprend ses droits : « C’est dans la souffrance que vient la création. Bien sûr, on peut être joyeux et l’exprimer. Mais il y a tellement de choses qui font mal : les harraga, la corruption, l’abus de pouvoir, le laisser-aller, les inondations parce qu’on a bouché des canalisations ou les tremblements de terre parce qu’on a construit avec du sable de plage. Tant de choses te révoltent. Dans Tamurth, je parle du pétrole avec le couscoussier qui fume de vapeur et le narrateur dit : à ce jour, j’attends ma part. A la fin, je parle de la fuite de nos cadres en évoquant les amarres du bateau qui se coupent comme le cordon ombilical de la naissance. J’ai vu à Montréal des Algériens ingénieurs qui sont chauffeurs de taxi avec 1000 dollars par mois. Il y en a qui ont réussi heureusement mais ce n’est pas évident. Je n’abandonnerai pas mon pays. Pourquoi je l’abandonnerai ? On peut changer les choses, non ? J’ai horreur de l’expression ‘‘chanteur engagé’’. Quand je l’entends, je dis que quand on sort du ventre de sa mère, on crie. C’est déjà un engagement pour la vie et, si possible, pour une vie meilleure. Pour moi, pour les miens, pour mes amis, mon peuple pour la terre. Je veux être utile en ce sens que si les gens m’écoutent et qu’ils ont une petite larme, une émotion, une idée, je me dis que j’ai réussi. On est des donneurs d’émotion. » Artiste et observateur de la vie culturelle, il s’efforce de laisser l’émotion pour la raison : « Des gens critiquent Alger, capitale de la culture arabe ou, avant, l’année de l’Algérie en France à laquelle je n’ai pas participé, simplement parce qu’on ne m’a pas appelé. J’ai été un des premiers à représenter la nouvelle chanson algérienne en France et ailleurs et j’ai continué à le faire. Il faut savoir critiquer mais aussi voir ce qui est positif. Maintenant, de nouvelles librairies et des galeries d’art s’ouvrent. On n’a jamais joué autant de pièces, ni tourné autant de films que ces temps-ci. Bien sûr, il y a des navets et de bonnes choses. La ministre de la Culture, je ne lui ai jamais rien demandé personnellement. Je m’adresse à ses départements. Je ne suis pas là pour la défendre mais, depuis l’indépendance, aucun ministre de la Culture n’a fait ce qu’elle a fait. Il va y avoir bientôt le Panafricain et j’espère que l’Algérie va faire quelque chose de fort. Il faut voir les choses comme elles sont. En bien ou en mal. Les personnes ne m’intéressent pas, ce qu’elles font, oui. » Nous avons laissé Djamel Allam sur des rêves de salles aussi grandes que le Zénith où les jeunes pourraient voir de beaux spectacles à 100 DA, des maisons de la culture partout. Et le nostalgique de conclure : « On est dans l’ère du virtuel. Tout va vite. Tu achètes un ordinateur et dans six mois, il est caduc. On m’a déjà proposé des responsabilités culturelles mais vous me voyez en réunion ? Déjà pour me réunir avec moi-même ! Un artiste, c’est la spontanéité mais avec du travail, de l’observation, de l’écoute, du sérieux quoi ! »
Conférence de presse : samedi 10 mai à 10h30. Etablissement Art et Culture, Théâtre de Verdure
Si Maamar en compagnie du musicien Djamel, élève du conservatoire de Cheikh Sadek Abdjaoui Le jeudi 10/04/2008 a 14h les bougiotes ont eu la chance et le grand honneur d’accueillir lors de la vente dédicace, le célèbre et sublime auteur, journaliste chroniqueur du quotidien le soir d’Algérie, Monsieur Maamar Farah.....Cet être vraiment affable, agréable, prévenant, sympathique, poli, courtois, gentil, disponible, séduisant, souriant, accueillant et adorable. Il a dédicacé : « le rêve sarde » et « l’Express de minuit » aux éditions Tira libraire Ihaddaden Béjaia Algérie.
Le Soir D'Algérie en a parlé :
Actualités : VENTE-DÉDICACE DE MAÂMAR FARAH À BÉJAÏA
Un engouement à la hauteur de l'hommeLe Rêve sarde et Express de nuit, les deux derniers romans de Maâmar Farah, étaient à l’honneur et avec eux leur auteur, jeudi, à Béjaïa. Après Hakim Laâlam, Benchicou et Chawki Amari, c’est un autre journaliste flamboyant qui se soumet au rite des dédicaces. Maâmar Farah s’est adonné avec un immense plaisir à l’exercice de dédicace de ses ouvrages avant d’expliquer pour chacun de ses lecteurs ses motivations d’écriture et l’intérêt qu’il porte aux multiples problèmes que vit le peuple algérien depuis quelques années. Plusieurs personnalités du monde culturel, sportif et politique de la capitale des Hammadites ont tenu à assister à cette rencontre avec l’auteur, entre autres, l’enfant prodige de Béjaïa, le musicien Djamel Allam, Meziane Belkacem (député indépendant), Yahia Hammouche et Mustapha Rezki, tous deux ex-présidents du MOB, pour ne citer que ceux-là. «Je suis très honoré par l’accueil que m’a réservé cette ville d’art et de culture. Béjaïa, que j’adorais depuis mon enfance, ne fait que renforcer mes convictions pour aller plus loin dans mon combat pour la culture et les libertés. Aujourd’hui, je suis flatté de voir tous ces jeunes, notamment les étudiants, venus en nombre pour me remercier du devoir qui m’a été inculqué depuis mon jeune âge», nous dira Maâmar Farah à la clôture de cet événement culturel. Journaliste professionnel depuis 1970, Maâmar Farah a travaillé dans la presse publique jusqu’en 1990, année au cours de laquelle il a fondé avec un groupe de confrères Le Soir d’Algérie dont il fut le premier directeur de rédaction. Aujourd’hui, il y anime une chronique hebdomadaire tous les jeudis et un billet quotidien intitulé «Pause- Café». Ce dernier fera l’objet d’un tout nouveau recueil, concocté par le formidable «si Maâmar», comme aiment l’appeler ses admirateurs béjaouis. A son actif, plusieurs autres romans et recueils dont Les Mots du jeudi, tomes 1 et 2, Bassamet, les Sirènes de Cap-Rosa et Soleil d’hiver.
Kamel Gaci /le soir d'algérie

4ème Université de la COPEAM
- Bejaia (Algérie), 5 – 12 avril 2008
Béjaïa sera, durant sept jours, la capitale euro-méditerranéenne de l’audiovisuel. Elle a accueilli quelque 90 professionnels du secteur de la communication audiovisuelle, issus du bassin méditerranéen, pour le compte de la 4e édition de
«Tourisme comme vecteur du rapprochement entre les peuples» est le thème retenu par les organisateurs pour cette nouvelle édition qui a été inaugurée hier à l’université de Béjaïa par son président, en présence du ministre de


Cerise rouge sur Waggens Amellal
Les éditions Tira de Béjaïa, dirigées par le romancier et poète Brahim Tazaghart, viennent de livrer leur première production. La traduction en tamazight — réalisée par le patron de la jeune boîte lui-même — d’un recueil de poèmes exhalant fort la sensualité et la métaphore fleurie d’une certaine poétique arabe moderne.
Le recueil de la poétesse syrienne Maram El Masri, Karaza Hamra ala Bilatin Abyad (Cerise rouge sur un carrelage blanc), paru aux éditions l’Or du temps (Tunis) en
Maram El Masri Taknisya zeggaghen ghef waggens amellal, (Traduction de Brahim Tazaghart). Éd. Tira, mars 2008, Béjaïa

32ème anniversaire de la disparition de Taos Amrouche
Cela fait trente deux ans que Taos Amrouch a quitté ce bas-monde. Son œuvre est restée intacte. La grande dame suscite toujours à la fois curiosité et admiration…
Fille de Belkacem et de Fathma Ath Mansour, sœur de quatre frères. Taos Amrouche est née le 4 mars 1913 à Tunis. Au début des années 1930, elle prépare un concours d’entrée à l’Ecole normale de Foutenay mais elle abandonnera quelques mois plus tard.
De 1933 à 1940, elle travaille pour Radio Tunis. Elle participe au congrès de chants de Fès au Maroc et obtient une bourse pour Madrid. Elle se met alors à la recherche des survivances berbères dans le folklore ibérique. En 1966, elle est invitée au Festival des arts “nègres” où elle obtient le prix de la musicologie. Taos Amrouche a œuvré inlassablement pour sauver un patrimoine culturel voué à l’oubli.
Poèmes, proverbes, contes et légendes berbères ont été ainsi immortalisés dans Le grain magique”, ouvrage paru en 1965. Son répertoire compte pas moins de 95 monodies. Sa voix sublime cristallise toute l’authenticité d’une culture venue du fin fond des âges et qu’elle restitue sans fioritures ni artifices.
Mohamed Dib disait d’elle : “Que les attentifs à ces choses veillent bien noter cette poignée de chants : ce sont des semailles pour l’avenir”. Le parcours littéraire de Toas Amrouche est caractérisé par la publication de plusieurs œuvres :


















Youcef Abdjaui
Kaci Abdjaui




